Cahier d’espérance « les logiciels libres dans l’économie sociale et solidaire »


Un extrait du document écrit par : Philippe Pary, Aurore Rousseaux, Bastien Sibille et contributeurs
Dans le cadre de LIESSE, Libre Informatique et Économie Sociale et
SolidairE, groupe de préparation des États Généraux de l’Économie Sociale et Solidaire de
juin 2011.

Ici repris l’introduction et la contribution pour changer d’échelle

Ce cahier d’espérance est le résultat d’un travail initié par Bastien Sibille.
Bastien Sibille est coordonnateur général de l’Association Internationale du Logiciel Libre,
AI2L, qui oeuvre pour le rapprochement entre économie sociale et solidaire et logiciel libre.

Il est également fondateur de l’entreprise démocratique T ALCOD , opérateur de logiciels
libres pour les structures de l’économie sociale et solidaire (ESS).
Le texte a été rédigé par Aurore Rousseaux, Philippe Pary et de nombreux autres
contributeurs. Aurore Rousseaux est étudiante au Master entrepreunariat développement
local et économie sociale et solidaire de l’université de Valenciennes et cofondatrice d’une
AMAP sur Lille. Philippe Pary est administrateur de l’April, association de promotion du
logiciel libre, représentant de l’association Chtinux au sein du conseil d’administration de
la MRES et co-fondateur de SCIL, société coopérative en informatique libre.

Ce texte dresse un état des lieux des enjeux soulevés par le logiciel libre et leur
pertinence pour l’économie sociale et solidaire, montre l’existence d’initiatives concrètes
et propose des pistes pour renforcer les liens entre logiciels libres et ESS.

III. Changer d’échelle

« Je développe, nous développons »

A. Former et informer

Il n’est aujourd’hui pas dans les moeurs de questionner ses habitudes informatiques. Même
au sein de structures qui portent particulièrement attention à leur impact sur la société et
sur l’environnement, l’informatique ne suscite que très rarement l’attention. Et pourtant
loin d’être une fatalité, l’utilisation de l’informatique peut être porteuse de sens pour ces
structures.

Ne plus considérer un ordinateur comme une boite noire suppose d’avoir suffisamment
d’informations sur ce qui se déroule à l’intérieur de la boîte. Des associations comme
l’April oeuvrent à la promotion du logiciel libre et elles ont un rôle majeur à jouer. En effet
les utilisateurs sont souvent submergés par des discours techniques qui les excluent des
discussions alors même qu’ils sont, sans le savoir, en capacité de comprendre les enjeux.

La plupart ne sont pas techniques. Ils sont même accessibles à n’importe qui puisqu’il
s’agit de valeurs.

Pour permettre l’utilisation de logiciel libre dans l’ESS, il apparaît essentiel de faire
connaître le logiciel libre au sein des structures et d’initier un questionnement.

Le logiciel libre met l’humain au coeur du système. La migration vers un logiciel libre,
comme toute migration vers un nouveau logiciel, nécessite de la formation. Pour s’assurer
de la réussite du remplacement de solutions non-libres par des solutions libres, il faut
veiller à l’existence d’une offre de formation en logiciel libre riche, variée et adaptée.

De plus, le logiciel libre remettant l’individu au coeur du système, il lui offre des possibilités
qui n’existent pas avec les logiciels non-libres. Dans cette optique il est également
important d’offrir des formations aux nouvelles possibilités apportées par le logiciel libre :
remontée des bugs, traduction de logiciels, participation à une communauté etc.

B. Mutualiser les outils logiciels

Pour qu’une communauté de développement d’un logiciel libre soit active et constructive,
il faut que chacun de ses membres trouve un intérêt à la collaboration.

Autrement dit, que
les projets menés soient en adéquation avec les besoins individuels de ses participants.

L’utilisation et l’adaptation de logiciel libre aux besoins des utilisateurs permet de répartir
l’effort d’adaptation ou de production entre les professionnels qui utilisent un logiciel libre
et les développeurs de ce même logiciel. Le travail en réseau rend cette collaboration
possible entre des utilisateurs dont les problématiques métier et les valeurs sont proches
et des développeurs ou des communautés.

Trois axes de mutualisation nous paraissent intéressants.
-  Logiciels de soutient à la gouvernance des structures d’ESS

Au sein des structures de l’économie sociale et solidaire, la gouvernance est souvent
partagée. Les prises de décisions, même si elles ne sont pas toujours démocratiques, sont
au moins collectivement débattues et les parties prenantes sont consultées. Cela implique
une phase consultative et le fait de donner de la visibilité à l’avis collectif.

Ces processus peuvent être outillés. Pollen est par exemple une application qui permet de
récolter l’avis d’un groupe pour choisir, par exemple, un logo, le nom d’un projet ou date
date d’une réunion. La Brasserie des Savoirs, une jeune structure qui a pour objet de
valoriser le patrimoine brassicole Flamand, l’a utilisé pour impliquer le collectif dans le
choix de l’identité visuelle de l’association.

-  Logiciels d’aide à la co-production

Dans leur action quotidienne, les structures de l’ESS utilisent fréquemment des mode de
production collaboratifs. Ces modes de production peuvent être outillés par des logiciels
libres : gestionnaires de projet, intranet etc... Un exemple : chez ExtraMuros, une
coopérative de conseil de Développement Durable, la gerante témoigne : « Nous
n’apportons pas de solutions clefs en mains à nos clients, nous les construisons ensemble.
Il nous fallait donc un espace de travail en commun. » La mise en place de Collabtive, un
outil de gestion de projet simple, y est en cours.

-  Logiciels d’aide à la consultation de leurs usagers

Pour travailler en collaboration avec d’autres structures ou même avec les collectivités, les
structures de l’ESS ont besoin de mesurer leur activité, les avis de leur usage final ou
même la satisfaction des collaborateurs. Les outils de vote coloré semblent répondre de
manière pertinente à ce besoin. Les participants sont invités à choisir via une couleur qui
correspond à leur avis sur la question posée, par exemple le rouge pour « je suis
fortement mécontent ». L’ensemble des résultats est présenté sous la forme d’un spectre.
Il permet de visualiser l’ensemble des avis en un coup d’oeil ainsi que leurs proportions par
rapport à l’ensemble du groupe. La Société Sopin Space a développé une solution de ce
type qui fonctionne sous Drupal, un système de gestion de de contenu.

Par :
– Philippe Pary
– Aurore Rousseaux
– Bastien Sibille
– Et contributeurs
Dans le cadre de LIESSE, Libre Informatique et Économie Sociale et
SolidairE, groupe de préparation des États Généraux de l’Économie Sociale et Solidaire de
juin 2011.

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Posté le mardi 28 juin 2011
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