Un article repris du site Nord-social, site d’informations sur l’économie sociale et solidaire publié sous licence Creative Commons
Nord-Social.Info : Il semble que la CGT s’intéresse de plus en plus à l’économie sociale et solidaire. Pour quelles raisons ?
Agnès Naton : Parce que c’est un secteur qui crée de l’emploi et qui constitue un champ de syndicalisation potentielle très important. Il compte deux millions de salariés travaillant surtout dans des PME ou des très petites entreprises où la CGT est historiquement peu implantée. Et parce que, dans le contexte de crise qui appelle l’exigence d’un autre modèle de développement, ce secteur, qui repose sur des valeurs de démocratie, de solidarité et sur d’autres critères financiers qui dominent le système capitaliste actuel, peut constituer une alternative complémentaire au modèle marchand, susceptible de répondre aux besoins de la société. C’est vrai notamment dans deux secteurs dont je suis chargée : l’insertion par l’activité économique et les services à la personne.
Il y a une demande très forte vis à vis de secteur où l’on enregistre deux fois plus de créations de Scop et un fort développement des associations. Il attire de plus en plus de jeunes, des étudiants notamment et l’on voit se créer des diplômes universitaires de l’économie sociale. Et nous sommes de plus en plus souvent interpellés par des salariés dont l’entreprise ferme pour savoir comment ils peuvent s’engager dans un projet de reprise dans une formle de type coopérative notamment.
Agnès Naton - Photo Aria-NordL’intérêt de la CGT pour l’économie sociale se mesure d’ailleurs au fait qu’elle organise des séminaires de formation aux enjeux de l’économie sociale et solidaire pour ses cadres et militants syndicaux. Mais si cette formation va au-delà d’une simple initiation à l’ESS, ce n’est pas pour autant la boîte à outils dont le militant pourrait avoir besoin pour se lancer dans un projet coopératif.
Sur un autre plan, nous avons participé à la rédaction du livre blanc d’un groupe qui, rassemblé autour de Claude Alphandéry, a formulé cinquante propositions et nous avons des contacts avec le Ceges.
N.-S.I. : Quelles relations la CGT entretient–elle avec les dirigeants de l’économie sociale et solidaire ?
Les relations classiques des partenaires sociaux, notamment avec l’USGERES, l’UNIFED et le GEMA. En 2006, nous avons négocié et signé un accord national interprofessionnel sur la formation. L’UNIFED et le GEMA avaient dû quitter la table des négociations faute d’un agrément de représentativité. Cet agrément leur a été accordé depuis le début de l’année et nous allons pouvoir reprendre les discussions sur toute une série de chantiers comme l’évolution du dialogue social, la transférabilité du DIF (le salariat de l’ESS est souvent mobile et précaire), les risques psychosociaux et l’évolution des parcours professionnels sans oublier la question du statut du bénévolat.
Ces chantiers sont tous ouverts. Et nous sommes attentifs au fait que ce secteur puisse créer des emplois de qualité, ce qui n’est pas toujours le cas car il peut y avoir un écart dans le secteur entre le dire et le faire, notamment sur la question de la gouvernance.
Propos recueillis par Alain Goguey (Aria-Nord)
Interview parue dans l’Huma-Dimanche n° 20234 du 19 au 25 novembre 2009


